Samedi 5 novembre 6 05 /11 /Nov 14:48

marque-graphique-marianne-copie-2.jpg« Force citoyenne », « lutte citoyenne », « marche citoyenne »,  « primaires citoyennes »… Je sature d’entendre l’emploi de ce mot à tout-va. Tout devient « citoyen » mais rien au fond ne l’est plus. L’adjectivation du mot citoyen prête à la surenchère politique en tout genre. Mais au fait, « citoyen » est-il bien un adjectif ?


La première définition que donne le Petit Robert 2011 à « citoyen » est la suivante :

 

« 1 n.m. Celui qui appartient à une cité, en reconnaît la juridiction, est habilité à jouir, sur son territoire, du droit de cité et est astreint aux devoirs correspondants »


citoyen1-copie-1.pngJ’ai la faiblesse de croire que citoyen renvoie à cette première définition, la plus belle et la plus noble : appartenir à une communauté politique régie par des institutions, des droits et des devoirs. Je reste donc sceptique face à l’emploi incessant et partisan de l’adjectif citoyen.

 


Le dictionnaire indique toutefois que le mot était un adjectif en ancien français et donc qu’il a vieilli. La 6e définition de l’édition 2011 nous donne ceci :


« 6 adj. Relatif à la citoyenneté, à l’esprit civique »


Fichtre ! Il s’agit donc bien d’un adjectif ! Le dictionnaire contredit donc ma première idée. Mais je suis plutôt du genre têtu et poursuis mes recherches. Cherchons donc « adjectif citoyen » sur Google. Je trouve deux articles intéressants ici et ici. La trouvaille la plus instructive reste toutefois cette information que nous fournit Wikipedia :


« L'adjectivation de citoyen, qui s'est répandue dans les médias à l'occasion du Bicentenaire de la Révolution française, est controversée.


Dans le Dictionnaire culturel en langue française, Alain Rey fixe à 1995, l'usage du terme citoyen comme adjectif en remplacement de l'adjectif consacré qui est civique. Cet emploi tend à insister sur la connotation morale, républicaine et partisane. Ainsi, une attitude civique consisterait à remplir ses devoirs de citoyen (droit de vote, par exemple), tandis qu'une "démarche citoyenne" afficherait une volonté d'intégrer dans ses actes des considérations éthiques et des finalités ou des solidarités sociales plus affirmées. De fait, cette distinction est sans fondement et l'emploi de citoyenneté au sens de civisme est impropre. L'adjectivation de citoyen au sens que possède déjà pleinement l'adjectif civique procède de la même erreur sémantique. »


L’adjectivation du nom citoyen est donc bien controversée ! Sa connotation est morale et partisane !

 

Qu’en conclure ?

 

La citoyenneté n’est pas une idéologie politique ou partisane, c’est une qualité juridique. Certains l’oublient trop vite en voulant légitimer leurs luttes et revendications politiques du sacre de la citoyenneté. A force de galvauder l’emploi de l’adjectif, on en a oublié la signification première du nom. En poussant le raisonnement plus loin, on peut même avancer que la banalisation du mot peut lui donner parfois une signification contraire à sa définition première. Lorsque certaines mouvances d’extrême-gauche appellent à la « force citoyenne » ou à la « résistance citoyenne », elles opposent de fait le pouvoir de la rue, supposé « pouvoir réel », à celui des institutions. C’est revenir au vieux clivage entre démocratie directe et indirecte. Or, c’est bien par nos institutions politiques que nous vivons notre citoyenneté ! C’est par l’exercice d’une démocratie encadrée que le peuple est amené à s’exprimer et à décider. 

 

La démocratie directe, telle qu’elle se vivait à Athènes il y a bien des siècles renvoyait à l’exercice d’une décision politique concertée par les citoyens de la cité, citoyens renvoyant déjà à la qualité juridique (les femmes et les métèques n’étaient pas des citoyens).

 

Dire que les « marches citoyennes » ou les « résistances citoyennes » ressuscitent cette démocratie directe est totalement illusoire. Car le pouvoir de la rue, par nature instable et soumis aux volontés de quelques uns, ne saurait décider de l’avenir de ceux qui choisissent de ne pas s’exprimer dans la rue mais dans les urnes.

 

Alors, par pitié, arrêtons de croire que de participer aux primaires du PS ou de s’indigner stephanehessellement nous rendra plus ou moins « citoyen ». Nous sommes tous citoyens et c’est parce que nous sommes citoyens que nous déciderons de notre avenir collectif dans les urnes en mai prochain.

Par jpinet
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